samedi, avril 30, 2011

D'ailleurs, des indicibles, t'en veux, en v'là.

Je ne voulais pas que ce soit mon anniversaire lundi dernier. Ca doit faire un moment que je ne le voulais pas, parce que je les ai tous oubliés cette année, y compris celui de ma soeurette, y compris ceux qu'on m'a rappelé quelques jours à l'avance. J'aurais aimé pouvoir oublier le mien aussi, et qu'il passe, sans qu'il ne se passe rien, que j'y vois que du feu. J'aurais aimé que l'on m'oublie. Mais voilà. C'est arrivé. Et c'est aussi passé. Mais je crois que tout ça, là, toutes ces tartines, toute cette déprime, ça s'est révélé là. Peut être que je ne voulais pas renaître. C'est encore tombé un jour de Pâques cette année en plus. Peut être que je ne voulais pas sentir toute ma famille penser à moi sans rien pouvoir me dire, parce que la bombe qui l'a éclatée, la famille, c'est moi.

J'ai fait un tableau pour accrocher des photos. C'est une première, et la moi qui avait vingt ans avec ses docs et ses cheveux dans les yeux se serait bien fichue de la moi du jour. J'y ai collé des lettres en feutrines qui disent "Les amours". D'ailleurs, j'ai collé des coeurs et des fleurs dans tout le coin cuisine, et je dors sur un coussin rouge peluche en forme de coeur depuis que je suis là. Comme un peu tout ce que je fais en ce moment, le tableau n'a pas duré. Le papier sur lequel j'ai imprimé les photos est standard, et pas fait pour être juste piqué comme ça, par de petites aiguilles avec des boules colorées à l'autre bout. D'un, toutes les photos se sont enroulées sur elles-mêmes en peu de temps, de deux, les aiguilles tiennent pas. Régulièrement, des photos tombent. Souvent, celle de Papy Gaby. Et parfois d'autres. Chaque fois, j'y trouve un sens, comme pour jouer.

Je me suis réveillée à 8h, ce jour du 35ème anniversaire. A 8h15, heure de ma naissance dans le temps, j'ai vu la la photo qui était par terre ce jour-là. Ca m'a faite pleurer des heures. Dessus, il y avait toute la famille, on se marrait à faire des grimaces, et ce moment, chacun s'était accordé pour dire que ça faisait longtemps qu'on n'en avait pas passé de si heureux tous ensemble. Ca a aussi été le dernier.

Deux mois plus tard, je leur demandais à tous un moment de retraite, pour moi, mais pour eux, je sais pas comment c'est possible, je sentais venir une catastrophe et le besoin de me retirer pour l'éviter. Trouver comment nous guérir et de quoi au juste. Je ne sais trop comment, ils ont pris ça pour un manque d'amour, et c'est tout ce que j'en ai reçu. Ils me prenait pour une dingue. C'est cette retraite qui a engendré la bombe qui nous a tous éclaté. Un mois plus tard, mon père est tombé sur son lit d'agonie. Neuf mois plus tard, il en est mort après des souffrances auxquelles je ne veux pas penser. Tous ce temps, je n'ai pas réussi ce que je voulais. Je n'ai pas évité la grosse explosion. Et je ne vois encore que ma soeurette, depuis quelques mois seulement que nous avons fait la paix.

Ca fait drôle à dire, mais je l'ai senti venir. Comme j'en sens clairement venir depuis, et chaque fois, c'est un indicible.

C'était la première fois que cette photo là tombait. Mais bien plus bizarrement que les autres, parce que chaque fois, la petite aiguille à boule colorée tombait avec la photo. Et là non. L'aiguille était au tableau. La photo n'était pas déchirée pour autant. Il y avait bien le trou de l'aiguille, et pas moyen qu'elle tombe comme ça, à moins qu'on ait retiré l'aiguille, tombé la photo et remis l'aiguille en place.

Je l'ai ptêt fait dans une crise de somnambulisme, j'en faisais quand j'étais ado, j'y pense là, mais sur le coup, c'était clairement un "Joyeux anniversaire, ma fille, ton papa t'aime fort, et te chante la petite chanson yougo de la part de toute la famille : ce jour est un jour merveilleux, c'est ton anniversaire, que tu vives, que tu vives, et que tu sois heureuse." J'ai tiré trois cartes des anges derrière et elles ont dit comme ça : "Yes, c'est bien ça" et "Papy Gaby aussi en est", et "Tes morts vont bien là où ils sont, ils sont heureux, ne t'en veulent pour rien et t'aiment."

Alors j'ai pleuré. J'ai beaucoup, beaucoup pleuré. Toute la sainte journée.

Depuis, y'a qu'avec mes fleurs que je me sens bien. Je ne pense plus à rien. Et je peux les aimer.