vendredi, décembre 08, 2006

Et de trois.


Agadir… Des gens si accueillants que je m’y suis sentie chez moi. Moi. Un château ni sur ciel ni sur terre. Nul part chez soi depuis que ses racines ont poussé les unes à trois mille kilomètres des autres. Là-bas, j’étais la plus belle, la seule femme au monde, c’était écrit dans les yeux de chaque homme que les miens croisaient.

Nous sommes allés manger des gambas fraîchement pêchées. Un truc organisé, deux autres couples présents et transports effectué par gars de l’hôtel. Un couple de jeunes toulonnais profs de lycée pro, totalement inintéressants de par leur désir de mettre de l’ordre partout et leur satisfaction de ce que le FN a accompli dans leur ville. Un autre, d’un âge moyen, venu de la montagne et dégoûtés de ne pas avoir pu vivre ce moment dans l’intimité. Et puis nous. L’Ours, mondain et moi, dans mon monde.

Je faisais couleur locale, façon touriste bien disposée. Aux jambes des shalvaré, pantalon façon turque, ample se nouant sur le côté, aux hanches un châle à franges discrètes, aux seins, un débardeur fin bordé de dentelle et aux épaules un gilet léger attaché juste en dessous par deux rubans de soie. Les cheveux, jusqu’au cul, toujours libres de prendre le vent. Les deux autres, la jeune et la moins jeune, portaient des vêtements tout ce qu’ils y a de plus occidentalement estivaux.

Le gars de l’hôtel, après avoir fait sa petite tournée de ramassage, nous a emmenés au restau. Nous avons grimpé un escalier bordé d’arbustes fleuris. Le gars a cueilli une fleur et l’a sentie. J’ai imaginé la fille, travaillant dans ce restau, qui la recevrait. Un geste de rien, un glissement délicat et furtif de pétales entre dix doigts qui s’effleurent, imperceptiblement, brisant un interdit par le simple fait de leur intimité.

Une fois grimpés, ils nous a souhaité une soirée agréable, et m’a tendu la fleur avec le sourire des gens ensoleillés.

Jamais je ne me suis sentie aussi belle. J’ai même osé poser la fleur devant mon assiette pour narguer les deux autres. Vilaine fille…

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